A l’occasion de la Journée mondiale du sida, l’aumônier de rue lutte contre les idées préconçues qui marginalisent. Témoignage.

Roselyne Righetti : « Ma chienne Belle m’aide dans mon ministère, elle ne marginalise personne. » (photo G.Dutoit)

Roselyne Righetti : « Ma chienne Belle m’aide dans mon ministère, elle ne marginalise personne. » (photo G.Dutoit)

(Lausanne, 26 novembre 2015) – Elle nous reçoit dans la chapelle de la Maladière comme si elle nous accueillait dans son salon. L’espace est intime. Un tapis beige usé, quelques bancs de bois, quatre icônes pleines de couleurs. Et sous la lumière d’une fenêtre, le livre contenant tous les prénoms confiés dimanche après dimanche dans la prière.

Roselyne Righetti s’affaire pour la Journée mondiale du sida. Aumônier de rue, elle consacre une part de son ministère à s’occuper des personnes atteintes du VIH. « Cette chapelle retirée est l’ancienne église des lépreux, explique-t-elle. Tout un symbole, car le sida est la lèpre d’aujourd’hui aux yeux de la société. » Ici, la Pastorale de rue a créé un lieu sans marginalisation. Porteurs du VIH côtoient, sans étiquettes, les gens de la rue. « C’est un lieu où mes paroissiens peuvent vivre l’amour de Dieu. »

Les personnes touchées par le VIH ont tout âge – entre très jeunes et retraitées. Roselyne Righetti en accompagne certaines depuis le début de son ministère, il y a treize ans. Il faut dire que les trithérapies permettent de vivre longtemps malgré la maladie. « Cela reste un énorme poids à porter tout au long de sa vie », observe Roselyne. Les effets secondaires sont lourds et les malades cherchent à les cacher à autrui pour garder la face. Grâce aux traitements, certains ont un niveau de santé qui ne les rend « plus détectables », ni contagieux. Ce n’est pas pour autant la panacée. « On me confie : ‹Je ne suis plus détectable, donc à nouveau aimable !› Mais plus les années passent, plus je ressens leur mal-être, témoigne-t-elle. Ce qui est non détectable, c’est aussi la détresse. On veut en faire des gens normaux, banaliser la maladie sans regarder la souffrance. On ne soigne pas le mal de vivre des personnes marginalisées, ni leur manque d’amour. »

Proche et aimant

Alors à la Pasto, « chaque jour nous voyageons pour l’amour et la vie », lâche Roselyne comme un credo. Tandis que l’expression « proche aidant » est à la mode, elle préfère se définir comme « proche aimant ». Proche de tous ceux qui sont oubliés. « Pour beaucoup, je suis leur dernier proche aimant. Je marche avec, je suis là, attentive, en relation. » Son fil rouge : tu aimeras ton prochain comme toi-même. « Avec l’Evangile, on a tout. J’essaie d’y être fidèle. Je vais là où on me demande. Je suis appelée par eux, c’est ma vocation. » Comment tient-elle le coup ? Elle l’ignore. « Je vis pleinement, sans oublier d’être heureuse. Par chance, de tout petits moments suffisent à me ressourcer. Beaucoup me sont offerts par ceux que j’accompagne. Et parfois je n’ai plus que la prière pour m’aider. »

L’aumônier se réjouit de Noël. Car un lien entre deux mondes se tisse. Des gens lui apportent des attentions à offrir. « Pas du vieux, mais de vrais cadeaux de première main, s’émerveille-t-elle. Grâce à cela, nous pouvons faire des cadeaux. Noël c’est pour tous : une fête de l’amour. » // G.D.

Journée mondiale du sida, 1er décembre :

  • Chaque année l’équipe de la Pasto organise une action en ville de Lausanne. Un concert a lieu à 20h à l’église Saint-François.