Le temple de la Sallaz-Vennes, réaménagé avec des canapés, n’accueille pas seulement des cultes, mais aussi des soirées jeux qui créent l’amitié. Reportage.

«A la fin de la partie, on a l’impression de se connaître un peu mieux.»

De l’extérieur tout semble normal. Une église réformée d’inspiration néo-romane comme on s’y attend, sobre et claire, une belle porte en bois sur le parvis, entourée de colonnes de pierre. Une fois la porte passée, par contre, un petit temps d’adaptation est nécessaire pour retrouver ses marques.

Si l’on regarde les murs et le plafond, on est bien dans une église: des vitraux, une voûte, une table de communion, un baptistère. Mais il y a quelque chose qui cloche et il ne s’agit pas de Consolation, Miséricorde, Paix et Pureté qui pendent sagement dans le clocher en attendant qu’on les sonne. Une plante verte dans la chaire. Dans un coin, un bar en cagots recyclés, qui propose du café, de la bière et des pop-corn. Et l’espace central est occupé par des canapés poussés ce soir pour faire place à des tables.

Et sur la table de communion: un monticule de boîtes de jeux. Car ce soir, comme tous les deuxièmes vendredis du mois à l’église de la Sallaz, on se retrouve non pas autour de la Bible ou de la cène mais autour des jeux de société.

De l’hésitation à la surprise

Certains arrivent les mains vides, d’autres les bras chargés de leurs jeux favoris du moment à faire découvrir. Certains arrivent seuls, d’autres en famille ou en groupe d’amis. Certains viennent du quartier, d’autres ont fait une longue route pour venir. Certains passent la porte de l’église avec assurance, habitués des lieux. D’autres ont une petite hésitation avant d’entrer, se demandant peut-être s’ils risquent de s’embraser en entrant dans une église. Et l’hésitation devient surprise en découvrant le décor: «Vous n’y faites plus de… euh… messes, alors?» semble être une des questions favorites.

Après les salutations des premiers arrivés, un petit moment un peu gênant: qui veut jouer à quoi avec qui? On tâtonne, et des groupes se forment, spontanément ou facilités par les organisateurs. On s’installe autour des tables, à deux ou à dix, de 8 à 80 ans, pour une partie de trois minutes ou trois heures. Quelqu’un explique les règles du jeu choisi, et l’on se munit de dés, cartes, jetons, crayons. A cette table-ci les fronts sont plissés sous la concentration et les calculs, et à celle-là on rit à gorge déployée. Et la magie du jeu opère: on ne se regarde pas énormément dans les yeux, on ne se parle pas beaucoup. Mais à la fin de la partie, la glace est brisée, on a l’impression de se connaître un peu mieux.

«J’ai l’impression que le Christ nous sourit du haut de son vitrail»

Et toute la soirée durant, la danse continue. Les groupes se séparent et se reforment. Les boîtes de jeux s’ouvrent et se referment. Le niveau des boissons diminue, celui de l’amitié augmente. Certains commencent à partir. Un enfant dort sur un canapé. On invite les derniers à finir leur partie, et l’on se dit au revoir.

Pas une prière, pas une parole biblique. Mais des liens qui se créent. Et si le Christ n’est pas mentionné explicitement, il est présent: il nous regarde jouer du haut de son vitrail et j’ai l’impression qu’il nous sourit.


Soirées jeux

Prochaine date: 14 décembre 2018, 19h30-23h. temple de la Sallaz-Vennes, Rte de Berne 97, Lausanne