Le 1er décembre, Journée mondiale de lutte contre le Sida, nous avons été invités à penser à chaque personne qui vit la réalité du Sida au cœur de sa vie ou au cœur de la vie d’un proche et tout cela dans le plus ou moins grand secret de son existence.

Roselyne Righetti: «Il ne s’agit pas de vaincre une maladie, mais de vaincre les démons qui s’acharnent autour de cette maladie: la honte, le jugement, l’exclusion…» (©photo G.Dutoit)

En tant que pasteur du Ministère Sida de la Pastorale de la rue, depuis plus de seize ans, je vis cette journée de lutte contre le Sida comme un jour où il ne s’agit pas de vaincre une maladie, mais plutôt de vaincre les démons qui s’acharnent autour de cette maladie: la honte, le jugement, l’exclusion, l’amour rejeté, la peur de la mort, la solitude, l’indifférence.

Si certains malades sont aimés, entourés et soutenus de leur famille, les «proches» de la Pasto sont les autres, tous les autres qui n’ont plus de liens solides et qui partent à la dérive avec leur cœur au bout du bras, comme un petit sac sali, usé, vidé.

Quand ils vont trop mal, si mal qu’ils ne prennent plus leur traitement, on les cadre, on les case dans des prisons plus ou moins dorées et on leur demande d’être «compliants»! Mais nous, quelle aptitude avons-nous à cette fameuse compliance qui devrait creuser dans nos vies bien remplies une place toute privilégiée pour ceux qui nous dérangent et qui contaminent notre soi-disant bonne santé? Et malgré nos statistiques, nos rapports et nos progrès, ils nous attendent à tout moment, à chaque coin de rue de notre petit monde: «Je vais mourir, aide-moi à vivre!» «Je sais que tu sais!» «Reste avec moi! Serre-moi dans tes bras! Je n’ai plus beaucoup d’amour!»

Accompagner, être solidaire, être humain, c’est se tenir en bas, surtout ne pas prendre de la hauteur, ne pas risquer de perdre dans la nuit l’essentiel: l’autre, le prochain qui nous aime et nous attend!
 
// Roselyne Righetti, pasteur de la Pastorale de la Rue et Ministère Sida