La pasteure de rue Roselyne Righetti apporte un regard d’amour et d’espérance aux exclus. Reportage.

Des paroissiens de la rue autour de Roselyne Righetti (photo G.Dutoit)

«Ce sont des gens comme vous qui me donnent envie de vivre», lâche le grand gaillard en faisant une accolade à Roselyne Righetti et son compagnon Jean-Marc. La pasteure de rue vient d’arriver sur la place de la Riponne avec un thermos de thé et un cake au pain d’épices. Sous le couvert des gens de la rue, les nouvelles s’échangent, les tasses se remplissent. «Assez sucré le thé?» s’enquiert Roselyne. «Ça va», répond l’un d’eux en mimant le ton du reproche. «Moi je suis accro à ton thé, j’en boirais tous les jours», sourit un autre. Un homme dans la cinquantaine s’approche: «Tu sais Roselyne, au cas où je meurs, j’aimerais te demander quelque chose pour mon service funèbre.»

«Dans mon regard, un signe d’amour»

La pasteure de rue ne compte pas son temps pour «tous ceux qui sont dans l’errance». Elle travaille entre le lieu d’accueil de la Pasto, la place de la Riponne, ses visites jusqu’à tard le soir à ses paroissiens hospitalisés… «Nous sommes des transmetteurs de vie et d’espérance, c’est ça notre mission, témoigne-t-elle. L’important pour moi est qu’on ne se quitte jamais sans qu’ils aient vu dans mon regard un signe d’amour et de miséricorde.» Elle chemine avec les gens là où ils sont sans les juger. «Pour eux, nous sommes un fil conducteur par l’affection et la fidélité. Car beaucoup sont très seuls, n’ont plus de famille, plus de lien, plus de passé, pas de photos souvenir. Ce sont des voyageurs sans bagage.»

«Les exclus sont aussi l’Eglise»

Roselyne s’est toujours sentie appelée à être «pasteure de cette paroisse», comme elle nomme ce lieu de ministère. Elle relie la Pasto au reste de l’Eglise en témoignant dans les autres paroisses. «Et, tout à coup, des gens comprennent que nous faisons Eglise ensemble. Il n’y a pas de séparation. Les exclus sont aussi l’Eglise.»

«Je garde l’espérance pour chacun»

Sa devise est «porter, supporter et apporter». Elle porte beaucoup de situations. Elle supporte quand quelque chose ne joue pas. «Je suis souvent impuissante, mais je garde l’espérance pour chacun», confie celle qui se sent «portée par quelqu’un d’autre». «Nos espoirs peuvent être déçus, mais l’espérance est plus grande. Si l’espoir est un petit avion en plastique qu’on propulse avec un élastique, l’espérance est un oiseau.»

Enfin, sa présence cherche à apporter une réparation. «Réparer est un verbe important dans la Bible. Ensemble nous réparons les filets brisés qui ne retiennent plus la vie. Nous les réparons avec l’amour, il n’y a pas d’autre fil à coudre.» Le thé et le cake sont finis. Roselyne tarde encore en saluant ses paroissiens, tandis qu’au loin les passants hâtent le pas avant la fermeture des magasins. // G.D.