A vous aussi, cela vous est-il déjà arrivé? La lecture du journal du matin vous déverse son lot de chefs d’Etat qui s’autojustifient en déclarations malhonnêtes. Des politiciens s’écharpent comme personne. Des voisins fâchés se traînent en procès.

Ajoutez à cela ce passager qui vous bouscule tête baissée dans le métro et maintenant votre propre cerveau commence à grommeler. Et vous avez envie de crier à tous ces êtres empêtrés dans les choses d’en bas: «Un peu plus d’esprit, s’il vous plaît!»

De l’esprit? Pour peu, je l’aurais oublié. Savez-vous quelle est la fête chrétienne qui m’époustoufle le plus entre mars et mai? C’est Pentecôte. Parce que c’est à mes yeux un sommet, après tous ces tracas de la vie qui n’ont pas réussi à nous tirer en bas. Nous avons pourtant d’abord revécu la Passion du Christ – et je suis chaque année épaté par l’attitude de Jésus restant fidèle à qui il est, malgré son procès et son supplice. Puis il y a eu le tombeau béant – et je suis ému par ces femmes qui sont les premières à nous enseigner que la mort n’est pas juste une fin. Plus tard, il va y avoir l’Ascension avec cette ultime vision du Christ, notre grand modèle qui nous file entre les nuages – et je suis admiratif des disciples qui, cessant de regarder là-haut comme s’ils étaient tout minuscules, remettent la tête droite.

Mais le plus soufflant, c’est Pentecôte. Comment est-ce possible que les apôtres ne soient pas restés entre eux dans leur zone de confort? D’où vient la puissante force qui va les faire se désengluer de leur cocon rassurant pour oser des chemins nouveaux pleins de risques et de possibles? «Un peu plus d’esprit, s’il vous plaît!» Je ferme le journal, la phrase a résonné en moi.

Gabriel Dutoit

// Gabriel Dutoit, répondant régional de l’information

(Réflexion parue dans le journal Réformés – Mai 2018)