«Soutenez, supportez! Ne punissez pas!» Le 26 juin dernier, c’était journée d’action mondiale de la campagne «Support! Don’t punish!» qui promeut des politiques de drogues fondées sur la santé et les droits humains.

Nous nous sommes retrouvés avec nos partenaires médico-sociaux, sur la place de la Riponne, heureux de partager un moment d’amitié au nom de ceux qu’on accompagne durant l’année. Pastorale et politique se frottent et je ne me sens pas vraiment à l’aise, sans savoir pourquoi!

Mais voilà Jean-Baptiste (il s’appelle vraiment comme ça) qui arrive avec un tonitruant: «Ah! La voilà! la militante!» et il se lance dans un discours abondant et confus. Par malheur, il se rend compte que je ne l’écoute pas vraiment. Il se tourne vers une intervenante de rue qui, comme moi, ne lui tend pas une oreille attentive. Alors, il balance: «C’est pas pour nous que vous faites ça, c’est pour vous!» J’ai de la peine à ne pas lui donner raison!

Penaude, je me mets enfin à l’écouter et c’est curieux parce qu’il devient de plus en plus normal, humain, proche de moi, et ensemble nous nous mettons même à rêver de ce beau projet de «supporter» à la place de «punir». C’est alors que «Jésus» arrive sur la place, dans un état épouvantable, il marche ou plutôt titube, plié en deux. Captif de son état et de notre regard sur lui. Je lui propose de s’asseoir. Il me répond qu’il doit rester debout pour éviter de tomber. Il me dit: «J’ai soif». Il traîne entre les stands, on le perd de vue, «Jésus», au milieu de nos préoccupations. Pourtant il est encore là, signe de Dieu, mais si discret, un signe en creux au milieu de tout ce qu’on s’efforce de construire, il est le Seigneur en personne, il supporte et il écrit dans la poussière…
 
Roselyne Righetti, pasteur de la Pastorale de la Rue