Jeûner sept jours durant le carême dans un but de santé, de solidarité et de spiritualité, l’aventure tente chaque année des centaines de Suisses, dont des protestants. Témoignages dans un groupe lausannois.

Des groupes de jeûneurs se réunissent chaque jour pour échanger (ici un groupe œcuménique à Cheseaux-sur-Lausanne) (photo Raphaël Zbinden).

«Je suis une femme qui aime l’action. Autant dire que m’arrêter durant une semaine me fait un énorme bien.» Claudine Pont participera pour la cinquième année consécutive à la semaine de jeûne de la campagne de carême, proposée par les œuvres d’entraide Pain pour le Prochain, Action de Carême et Etre partenaires. La privation de nourriture est une tradition chrétienne très ancienne pour se préparer à Pâques, mais ici le jeûne est enrichi d’autres dimensions. La protestante lausannoise s’est laissée convaincre par les trois «S» de la démarche: «Santé, Solidarité et Spiritualité».

Au niveau de la santé, le jeûne accompagné veut mettre le corps au repos par un temps de diète. Le volet solidarité est apporté par le prix économisé sur chaque repas qui est reversé à des projets sociaux. Enfin le jeûne offre un cadre propice à l’expérience spirituelle en recentrant sur l’essentiel.

«C’est une libération»

Pour Claudine Pont, la découverte est à chaque fois différente. «Le jeûne m’aide à me poser, un peu comme la méditation, confie-elle. Le corps est pris en compte, ce qui me ramène au présent. Je ne suis plus happée par le mental qui me projette toujours vers le futur. C’est une libération.» Le jeûne lui ouvre alors des dimensions qu’elle possède mais qui restaient «cachées sous le boisseau». «Cela me permet d’exister autrement», résume-t-elle.

Autre regard: Gérard Michaud se dit agnostique, mais se sent aussi à l’aise dans la démarche. «Pour moi, jeûner m’offre un arrêt sur image. C’est un moment pour réfléchir, me pencher sur ce qui est important et en discuter avec d’autres», confie-t-il. Car le jeûne ne se vit pas seul. Des groupes de jeûneurs, toutes confessions mélangées, se réunissent une heure chaque jour durant la semaine d’abstinence. Le retraité apprécie ces rencontres et ces échanges. «Notre groupe a une ouverture telle que chacun y trouve ce qu’il cherche. Je m’y sens bien. Il n’y a rien de sectaire», observe-t-il.

La force du groupe

«Ces moments de partage sont importants, abonde Claudine Pont, car si on vivait l’expérience seul, elle serait moins riche. L’échange dynamise notre réflexion, infuse et colore la journée suivante». Elle évoque aussi «la force du groupe» pour traverser les deux premiers jours de privation, les plus difficiles. «Pas si difficiles, rassure Gérard Michaud. Pour moi, le plus délicat à gérer, c’est le rythme de la vie sociale qui continue en parallèle.»

La démarche exige un bon suivi: les jeûneurs veillent à bien s’hydrater avec des tisanes, des bouillons de légume et des jus de fruits, à faire de l’exercice physique et à prendre autant que possible des moments de repos. Le jeûne a-t-il une dimension doloriste? «Je ne le vis pas ainsi, répond Claudine Pont. Il y a des moments pour festoyer et d’autres pour calmer le corps. Cela peut aussi être une réponse face à la surconsommation.»

// G.D.


Groupes de jeûneurs à Lausanne

  • 16 au 22 mars. Soirée info : 27 février, 19h30, salle paroissiale de Vennes (ch. de Boissonnet 1). Contact : Claudine Pont, 021 646 60 87, cl.pont@citycable.ch
  • 20 au 27 mars à la chapelle de Béthusy (av. Secrétan 1). Contact : Pascal et Isabelle Veillon, 079 353 67 27, mveillon@worldcom.ch
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