De Hanoï au delta du Mékong, ils ont marché sur les traces du pasteur Nguyen, fondateur de l’Eglise évangélique réformée vietnamienne qui se réunit à Lausanne au temple Saint-Paul. Témoignage.

M. Tú (2e depuis la droite), traduit par Minh Phu Nguyen (à dr.), décrit aux voyageurs la réalité des protestants du Nord du Vietnam.

Ce n’était pas seulement un voyage touristique. Seize paroissiens de Saint-Laurent – Les Bergières, accompagnés de deux membres de l’Eglise évangélique réformée vietnamienne de Lausanne ont découvert différentes facettes des religions pratiquées au Vietnam: le bouddhisme, à travers la visite de plusieurs pagodes de différents courants (bouddhismes vietnamien, khmer, zen ou chinois); le caodaïsme, une religion syncrétiste comptant plus de 3,5 millions d’adeptes; le catholicisme, très présent au Sud du pays; et surtout le culte des ancêtres, que presque tous les Vietnamiens pratiquent.

Protestants d’ailleurs

Du Nord au Sud, nous avons vécu quatre rencontres avec des protestants vietnamiens, chacun avec leurs difficultés et leurs réalités. Le Nord, avec son fort héritage communiste, s’assouplit progressivement. Nous y avons rencontré un pasteur baptiste à Hanoï, et M. Tú, responsable des jeunes à Sapa. Les cultes dominicaux sont tolérés, mais les Eglises doivent demander des autorisations pour les célébrations spéciales comme Pâques ou Noël. Il arrive encore que les cultes soient interrompus par la police, et les fidèles renvoyés chez eux.

Au centre et au Sud, les protestants jouissent d’une meilleure situation. Nous avons fait deux rencontres significatives: à Da Nang, le pasteur Toi, qui a formé le pasteur Nguyen avant son exil (lire encadré ci-dessous), était accompagné de deux dames âgées, veuves de pasteurs martyrs qui ont joué un rôle important dans les débuts du travail missionnaire de l’Eglise protestante vietnamienne. Et à Da Lat, celle du pasteur Cao Van Quang, qui fut élève du pasteur Nguyen, et qui avait accompagné la famille Nguyen dans sa fuite. L’Eglise protestante vietnamienne a reçu en 2007, avec trois autres Eglises évangéliques, une reconnaissance officielle de la part des autorités politiques. Si le prosélytisme est toujours interdit, cela leur permet d’imprimer bibles et livres de cantiques au Vietnam.

Pressions et rejets

Les personnes qui se convertissent au protestantisme subissent encore de grandes pressions et souvent le rejet de leur famille, surtout parce qu’en acceptant de suivre le Christ, elles renoncent à pratiquer le culte des ancêtres.

Ce voyage nous aura aussi permis de revivre, au travers des souvenirs de Minh Phu, fils du pasteur Nguyen, les différentes étapes de l’exil de sa famille à travers un Vietnam politiquement réunifié mais déchiré. Au point de départ de leur frêle embarcation, nous visualisons toute l’horreur et la précarité de l’exil: tout laisser derrière, sans savoir ce qu’il y a devant.

// Muriel Füllemann

Un pasteur parmi les boat-people

Le temple Saint-Paul à Lausanne abrite une communauté réformée vietnamienne: l’Eglise évangélique réformée vietnamienne. Son fondateur, le pasteur Nguyen Cong Huan a fui Saïgon en 1979 à bord d’un bateau, avec sa femme et ses enfants alors âgés de 2 à 18 ans. Ce périple au péril de leur vie aboutit à Lausanne, grâce à l’aide internationale et au soutien d’une infirmière suisse. Le pasteur Nguyen a pu alors poursuivre son ministère jusqu’à son décès en 2009. La communauté qu’il a créée se réunit toujours. Composée d’anciens réfugiés politiques, des générations suivantes nées en Suisse et d’amis suisses et européens, elle entretient des liens étroits avec la paroisse réformée de Saint-Laurent – Les Bergières. Photos et infos sur lausanne.eerv.ch/eerviet

 

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