Il a suffi de 8 minutes 27 secondes pour qu’une vie s’éteigne et qu’une vague se lève. Car ce n’est pas la première fois qu’un·e Noir·e aux Etats-Unis décède après une arrestation musclée ou soit abattu en raison de sa couleur de peau. La liste, de Trayvon Martin à George Floyd, ne cesse de s’allonger et cette fois-ci la vague de protestations, d’une ampleur inédite, déferle largement, des Etats-Unis jusqu’en Suisse.

Photographie d'un manifestant à New York, lors d'une manifestation contre le racisme

Sur la pancarte, lors d’une manifestation contre le racisme aux Etats-Unis : « je ne peux pas respirer ». © Josh Hild – www.unsplash.com

 

Suisse – Etats-Unis: histoires différentes, problématique similaire

Le racisme – car s’est bien de cela dont il s’agit – n’a pas la même histoire institutionnelle en Suisse qu’aux Etats-Unis, et nous n’avons pas les mêmes débats liés à un passé colonial que d’autres Etats européens. Néanmoins, le racisme n’épargne ni nos lois, ni notre histoire. Ainsi, l’autre métis·se ou noir·e, risque toujours d’être méprisé·e, écarté·e, jugé·e, en raison du regard porté sur la couleur de sa peau. Le délit de faciès est hélas une réalité et il faut le reconnaître pour pouvoir le combattre. Il en va de même pour les patronymes, marqueurs d’origine, qui se transforment en critère d’élimination d’un dossier. Grande est donc la marge de progression d’une société, où la couleur de peau filtre trop souvent le regard et le comportement d’autrui.

Témoignages

Un jeune noir, apprenti employé de commerce dans l’administration d’une école, située dans le même bâtiment que l’administration communale, tient la porte à une vieille dame. Elle s’arrête pour le remercier avant d’ajouter : « Vous cherchez le service de l’immigration ? »

Dans le métro à Lausanne, en début de soirée, un groupe de jeunes adultes, d’allure skin-head, monte dans la rame. Ils reniflent fort à la vue de trois jeunes hommes noirs et s’écrient : « Ça sent le macaque ! »

Un jeune noir, souvent en retard à ses cours professionnels à Lausanne, essuie de fréquentes remarques. La raison : il se fait régulièrement contrôler par la police en sortant de la gare, à 8 heures du matin.

 

Et en Eglise?

On se plaît à croire qu’il en va tout autrement en Eglise, où les discours généreux abondent et dans laquelle sont engagées des femmes et des hommes, laïcs et ministres, à la peau sombre. Mais écartons toute naïveté : attitudes et conduites marquées de racisme entachent aussi notre Eglise.

Témoignage

Le pasteur noir attend une famille endeuillée dans le foyer paroissial. La famille passe devant lui, cherche dans l’église, revient sur ses pas et interroge le pasteur :

– C’est vous le concierge ?

– Comment vous avez deviné ? 

– Oh, comme ça !

Notre Eglise se doit de combattre toute forme de racisme, y compris dans ses rangs, et se souvenir que le mot intégration qui revient à la mode est un beau mot. Il n’est pas du tout synonyme d’assimilation, mais qualifie en premier lieu l’opération qui permet à un individu ou à un groupe de devenir pleinement ce qu’il est appelé à être, en lui-même et devant autrui. « Aussi étrange que cela paraisse, disait Martin Luther King, je ne pourrai jamais être ce que je suis appelé à être que lorsque tu seras ce que tu es appelé à être. Tu ne pourras jamais être ce que tu devrais être que lorsque je serai ce que je suis appelé à être. »

Autant dire que la tumeur raciste, qui nous menace ou nous habite, personnellement et communautairement, doit être éradiquée, en nous et autour de nous. C’est dire l’exigence de notre témoignage rendu au Christ.

Diane Barraud, pasteure et médiatrice Eglise Migration au Point d’Appui à Lausanne
Serge Molla, pasteur et responsable de l’Office Eglise et Société
Roger Puati, pasteur de la paroisse de Saint-Laurent – Les Bergières à Lausanne
Liliane Rudaz, diacre solidarité Lausanne – Epalinges
Le Conseil synodal